Conférence

La Réforme, fille ingrate de l'humanisme ?

16 mai 2019 18H30

Les exemples de Martin Luther et Martin Bucer

Conférence dans le cadre du cycle de conférences des Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, par Matthieu Arnold.

 

À lire les propos très rudes que Martin Luther adresse, en 1525, au « sceptique » Érasme dans son traité Le serf arbitre, on ne peut s’empêcher de poser la question suivante : la Réformation – et au premier chef Luther, son initiateur – ne s’est-elle pas comportée comme une fille ingrate par rapport à l’humanisme ?

Fille sans conteste, car, comme nous le verrons, elle a bénéficié notamment de ses travaux d’édition de sources de l’Antiquité et de son combat, qu’elle partage, contre la théologie scolastique.

Ingrate, cet adjectif donnera matière à discussion. Je me fonderai pour cela sur deux exemples : celui de Luther, qui a passé par un cercle humaniste avant d’entrer au couvent ; celui de Martin Bucer, qui partage avec l’humanisme érasmien le souci de la concorde religieuse. Je montrerai en particulier que maintes différences entre la Réformation et l’humanisme prennent leur source dans une compréhension différente des rapports entre l’homme et Dieu. Il ne s’agira pas d’accorder la palme à la première ou au second, mais de mettre en évidence la cohérence de leurs pensées respectives, même s’il est regrettable qu’il y a 500 ans, ces désaccords sur des idées aient débouché sur des polémiques extrêmement vives.


Matthieu Arnold est né en 1965 à Strasbourg. Après des études secondaires au Lycée Bartholdi (Colmar), puis supérieures à Strasbourg et à Mayence, il est pasteur de l’Église de la Confession d’Augsbourg
en Alsace et en Lorraine puis, à partir de 1997, professeur d’histoire du christianisme à la Faculté de Théologie protestante de l’Université de Strasbourg. Ses travaux traitent d’une part la Réformation du XVIe siècle, dans ses aspects les plus divers (il a travaillé sur Luther, Bucer, Calvin, Jean Sturm, les dissidents, les Juifs ou encore les femmes de la Réformation), et d’autre part le protestantisme au XXe siècle. Ainsi, ses ouvrages les plus récents portent sur Martin Luther (Luther, Fayard, 2017 ; édition, avec M. Lienhard, des OEuvres, Gallimard, 2017) et sur le théologien alsacien Oscar Cullmann (Olivétan, 2019).

 

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